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Paysages de la mémoire

17 mai 2026

En 1996, le Guatemala a signé un accord de paix mettant fin à 36 ans de guerre civile. L'un des nombreux défis de l'après-conflit a été de préserver la mémoire historique des communautés les plus touchées par la guerre. Les chiffres les plus précis concernant les victimes proviennent du rapport publié par la Commission d'élucidation historique (CEH) en 1999. Sur un échantillon de 42 275 victimes, la CEH a calculé que 83 % étaient d'origine maya.

Bien sûr, le CEH ne recense qu'une partie des victimes de la guerre, estimée à environ 200 000 morts et 45 000 disparus ou portés disparus. Depuis la publication du rapport du CEH, des organisations comme la Fondation guatémaltèque d'anthropologie médico-légale (FAFG) s'efforcent d'aider les familles à découvrir la vérité sur le sort de leurs proches disparus pendant la guerre. 

Lors de notre visite à Comalapa, nous avons eu le grand privilège de découvrir le mémorial des Paysages de la Mémoire. Ce site avait servi de base à l'armée guatémaltèque pendant le conflit. Après la guerre, il a été découvert que l'armée y avait torturé, interrogé et exécuté des personnes, ainsi qu'aux alentours. De 2003 à 2005, les FAFG ont supervisé une vaste opération de fouilles, exhumant les corps de 220 victimes enterrées dans des fosses communes. À ce jour, plus de 48 victimes ont été identifiées. Les corps restants ont été restitués aux Paysages de la Mémoire en 2018 sans identification, mais les efforts d'identification se poursuivent.

Le terrain où reposaient autrefois les corps des disparus est aujourd'hui un lieu sacré où familles et membres de la communauté viennent se recueillir, se souvenir et honorer la mémoire des victimes. Un grand merci à Don Max, gardien de FAFG, et à l'artiste-chanteuse Ch'umilkaj, qui nous ont si chaleureusement accueillis à Paysages de la Mémoire, malgré leur statut d'étrangers à la communauté.

Un groupe de personnes passe devant un mur de pierre blanche.

Lecture de la liste des 6 041 Guatémaltèques disparus pendant le conflit armé civil.

Par DJ Reed 

Le mémorial dédié aux victimes du génocide vise à honorer la mémoire des personnes assassinées par l'armée et disparues durant le conflit armé, et à raconter leur histoire. C'est un lieu empreint d'une profonde tristesse ; dès notre arrivée, j'ai ressenti une immense douleur, une sensation épuisante. Pour ne pas sombrer dans ce désespoir, les gens se sont tournés vers les arts afin d'exprimer leurs sentiments et leur vécu. Du textile à la musique en passant par la peinture, l'art est un moyen d'accéder à leurs histoires et de les perpétuer.

Au centre du mémorial se dresse un bâtiment recouvert de fresques. Ses murs extérieurs arborent des couleurs vives et éclatantes, contrastant avec la sobriété de la forêt et des tombes environnantes. À l'arrière du bâtiment, des peintures représentent les énergies mayas (nahuales), ainsi que des montagnes, de l'eau, des animaux et des hommes et des femmes vêtus de costumes traditionnels mayas. Autant d'éléments qui font écho à leur histoire et à leurs récits. 

Pendant que nous contemplions les fresques, Ch'umilkaj nous a fait écouter une chanson qu'elle avait écrite à propos du jour où certains corps, non identifiés malgré une enquête approfondie, ont été ramenés au mémorial. La musique est devenue pour elle un moyen de partager son deuil. Raconter des histoires à travers l'art et le travail de longue haleine d'identification du plus grand nombre de victimes possible, voilà ce qui entretient l'espoir. 

Le lendemain matin, nous sommes retournés au mémorial. Cette fois-ci, nous avons fait une randonnée dans les environs avant d'y entrer. Je ne ressentais plus la même tristesse ; c'était différent. À notre retour, nous avons appris que quatre autres personnes avaient été identifiées et que leurs familles étaient en route pour rencontrer le gardien du mémorial. Ce matin-là, le lieu était empli de joie.

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